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Asia2.0 et Gad Elmaleh : retour sur une mauvaise blague.

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Asia2.0 et Gad Elmaleh : retour sur une mauvaise blague.

 

La confusion règne : Gad Elmaleh a été jeté en pâture sur la toile tandis que Kev Adams court toujours. L’artiste pris pour cible est prié de rester dans les limites de l’Europe. Impensable que ce Français traverse l’Atlantique avant les racisé.es. L’antiracisme asiatique progresse à grands pas, mais l’on ne voit toujours pas de programme politique fleurir. Les figures de la lutte, prennent d’assaut la tribune et les grands journaux pour faire savoir que le racisme, ça offense, ça insulte. Rien de nouveau sous le soleil.

 

Cependant, nous sommes dans un singulier moment, car nous observons une mésalliance entre les différents représentants des groupes asiatiques de lutte. Ceux-ci sont ligués pour obtenir les excuses de Gad Elmaleh et le public peut aujourd’hui profiter d’un autre spectacle, celui de l’émergence de l’identité asiatique pour un sketch qui s’appelle « les chinois ».
 

On aurait tort de leur reprocher : le contexte est au ras-le-bol. Un artiste pourtant identifié comme anti-raciste, l’Algérino, est soudain passé du statut de martyr à bourreau. Des années après une chanson dont les paroles étaient dirigées contre Marine le Pen, « avec le sourire », qui lui avait valu les foudres de l’extrême droite, le voilà auteur d’une chanson dont le sous-titre est « tching Tchang tchong ». Un autre clip insoutenable pendant lequel ses danseuses imitent les yeux bridés. La ligne de démarcation entre racistes et non-racistes se brouille dangereusement.

 

Vidéo

                                              
Si encore on trouve des excuses à la performance de « Kev » et « Gad » le sketch qui avait été diffusé sur M6 n’était pas particulièrement divertissant, et n’a pas valeur de persécution. Même après avoir appris les intentions de l’unique artiste pris pour cible et sa volonté de critiquer le commerce des arts martiaux modernes, le sourire n’était pas arraché. Même si « Kev » et « Gad » ont rappelé explicitement pendant les 10 minutes de leur passage que la satire frôlait avec la stigmatisation, la gêne ne s’est pas dissipée. Naturellement, ça n’a pas suffi à taire les protestations quand la rediffusion a été annoncée. Maintenant, ce sont des excuses exemplaires qui sont demandées, à la fois par les associations et par les personnalités qui bénéficient de l’aubaine médiatique.

 

Mais la « standing ovation » dont bénéficie les groupes de lutte pose question, quand on sait que les revendications des uns et des autres sont fondamentalement opposées. Singulièrement, leur alliance propose de répondre aux maladresses par l’amalgame.

 

On est antiraciste pour une raison claire et précise: Que penser de la nouvelle visibilité des asiatiques, quand on sait que les uns et des autres sont fondamentalement opposées dans leur idéologie respective ?

 

Asia2.0 vous recommande au lecteur l’interview mémorable de Danièle Obono peu de temps après sa victoire électorale aux législatives de 2017.

 

Prenons pour exemple le mouvement de revendication qui a émergé en 2016 avait pour souci de réclamer la « sécurité pour tous ». Elle avait fait accourir la droite politique en grand renfort pour protéger sa « minorité modèle ». Tout antiraciste qui se respecte ne pourrait pas se regarder dans le miroir en ayant pour projet de renforcer les forces de police, réclamer un durcissement des peines pénales pour les mineurs, sachant pertinemment que ces mesures vont être dirigées dans les quartiers populaires.

 

L’antiracisme politique, ou décolonial : qui est un des principaux axes de mobilisation contre les violences policières, l’impérialisme et le capitalisme a une force de frappe qui est bien particulière sur les réseaux sociaux puisqu’elle est affranchie des impératifs de l’institution, des intérêts de l’état et de la propriété privée. Cette partie de l’antiracisme emploie les méthodes de communication, initialement réservées à contrer l’extrême-droite et sa fachosphère, contre le camp de la gauche modérée, qu’elle estime inefficace pour défendre l’égalité. Un peu comme quand Alain Juppé, figure des Républicains, avait été qualifié « d’immigrationniste » par des groupes peu fréquentables à droite.

 

Aujourd’hui la demande d’excuses adressée à Gad Elmaleh fédère la communauté asiatique alors qu’elle comprend aussi bien des groupes qui sont soit prêts à tout pour épouser le mythe de la minorité modèle, et d’autres qui sont pourtant destinés à être le dernier rempart contre le fascisme. La revendication décoloniale qui tente d’affirmer une identité minoritaire pour son statut minoritaire nous rappelle, et à juste titre que de nombreux éléments du patrimoine asiatique sont minorés, critiqués ou présentés comme barbares. Elle se heurte à la réalité du pouvoir économique des pays d’Asie. Les sécuritaires se heurtent tout simplement aux bases de l’antiracisme. On exagère à peine à dire qu’une combinaison regroupant des identitaires et des sécuritaires donne un résultat inquiétant.

 
Il est amusant de constater qu’il ne reste entre les deux que l’antiracisme moral pour équilibrer cette valse-hésitation entre la lutte contre le racisme d’état et la répression policière. Mais il n’est pas sûr que la gauche, celle qui est attendue par les milieux antiracistes chevronnés qui ont consacré des années à contourner les universalismes du siècle dernier, n’intègre les asiatiques à ce prix.

 

La réponse d’Asia2.0 est la suivante : il ne peut pas y avoir de revendication seulement asiatique, car elle provoquerait un nassement des communautés citoyennes qui seront ostracisées au nom de la défense de l’identité blanche, et contenues au nom du mythe de la minorité modèle.

La voie qui mène vers l’émancipation des asiatiques est la convergence, l’ouverture, et aujourd’hui qu’un artiste qui ne ressemble pas aux asiatiques nous répond, c’est notre travail commun qui fera notre réconciliation.


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Publié le lundi 30 avril 2018

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