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Tribune : culture japonaise et asymétrie de l'information

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Tribune : ce que cache la polémique des femmes dans l'histoire du sumo

Les femmes sont-elles impures ? la polémique secoue le Japon alors que le monde entier relaie la vidéo enregistrée depuis le petit gymnase de la ville balnéaire de Maizuru près de Kyoto. En effet, si la symbolique qui entoure le sumo ne révèle pas la totalité de la société japonaise, elle est suffisante pour poser des questions concrètes sur les effets politiques de la tradition.

 

 

Mais si le Japon fait figure d’exception à plus d’un titre, c’est que son argument culturaliste semble toujours validé et légitimé dans un contexte international crispé par les prophéties du choc des civilisations : ancienne puissance coloniale à qui le statut insulaire pardonne tous les conservatismes. Ancien sanctuaire de l’exotisme dont le rayonnement culturel (soft power) inonde le monde de ses manga et des ses dessins animés. Ancien empire dont la monarchie constitutionnelle apparaît comme une dérive de la modernité. Pays de constitution pacifiste, havre de paix pour lequel le réarmement paraît légitime par son exemplarité chevaleresque.

 

Vous n’aurez pas tardé à comprendre : le débat qu’a provoqué l’affaire du ring de Maizuru et l’effondrement de son maire M Tatami suit un schéma bien connu, qui nous écartèle entre deux visions bien trop caricaturales d’un Japon que le monde se plaît à réinventer au grès des tourments géopolitiques.

 

Nous prenons le risque de renforcer le mouvement de défiance à l’égard des médias par cette tribune, mais nous ne pouvons pas laisser ce qui aurait pu être un débat en faveur de la cause des femmes se transformer en un marécage médiatique, que l’AFP semble bien avoir alimenté par ses titres maladroits.

 

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Asia2.0 a mis en place un atelier de traduction et de décryptage média pour relayer toutes les sources en cours de diffusion sur les réseaux japonais. Celui-ci sera ouvert à la participation courant mai.

 

En outre, le public japonais a aisément accès à des sources qui démentent la tradition et le caractère sacré de l’exclusion des femmes du ring de Sumo. Si la décision politique qui a abouti à cet interdit institutionnel est à remettre en question, elle peut donc l’être sur l’arène politique sans avoir à souffrir les incantations d’une frange conservatrice qui pourrait nourrir la nostalgie d’une période où le Shintô était une religion d’état. Ceux qui aiment à croire que le Japon conserve une tradition liée au Shintô sont en train de cautionner un projet de société qu’il serait beaucoup plus difficile à aborder. Cependant, la question de savoir quelle place la religion Shintô accorde à la femme ne doit pas se confondre avec la question de l’égalité homme-femme dans la société japonaise moderne, ni influer de manière excessive sur la diffusion de la pratique du sumo à l’international, alors que cette discipline aurait les arguments pour accéder au prestige olympique. Que le Shintô soit retenu comme partie intégrante de la culture japonaise, et mis en valeur par les organisations internationales ne pose pas de problème, à condition que le la communauté internationale soit éclairée sur les incidences de ces choix intellectuels sur le quotidien des citoyennes et citoyens japonais.es. En effet, c’est à l’international que se joue l’assignation identitaire, et il n’est pas exagéré de dire que certaines démarches de promotion de la culture à l’international ont un effet néfaste sur un débat qui n’a pas lieu, pour la simple raison que les informations ne sont pas relayées dans la même langue, ou que le travail de traduction qui le permettrait ne suit pas. Asia2.0 participera donc à la Journée Mondiale de la Traduction 2018 pour un état des lieux.

 

L'information s'aquiert à force de consulter un nombre de sources conséquents. Le niveau de connaissance concernant non seulement le Japon mais aussi toute l’Asie est insuffisant. Il nous faut éviter que le public ne soit pris en tenaille entre une logique d’extrême droite qui fait du Japon son rêve d’homogénéité ethnique et de tradition étriquée, et un désintérêt cruel masqué par des à-prioris historiques sur l’histoire coloniale et impériale du Japon, qui sont tous deux les expressions d’un respect factice dont la seule qualité est la froideur. La société japonaise connaît aussi un certain racisme, mais ne doit pas y être réduite. Ceux qui souhaitent vraiment s’engager dans le dialogue des cultures sont les bienvenus à Asia2.0.

 

Convergence !

 

Retrouvez l'article complet sur Asialyst


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Publié le vendredi 13 avril 2018

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