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De quoi l'antiracisme est-il l'enjeu ? Asia2.0 entre morale et politique

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Convergence ou disparition ? SOS racisme et l'antiracisme des asiatiques

Convergence ou disparition ?
L'antiracisme asiatique et SOS racisme.

 

Fin de l'année 2017, Aubervilliers, banlieue nord de Paris, France. Une chanson figurant dans un manuel scolaire de primaire, que l'on appellera la chanson des Litchis, est signalée sur les réseaux sociaux. La chanson ne joue pas seulement sur la phonétique chinoise, elle contient des stéréotypes et des informations fausses. Elle fait aussi référence aux litchis sur un ton qui a paru à la limite de la pédophilie aux Chinois de France.


Les mouvements antiracistes asiatiques partageant activement l'information sur Twitter et Facebook pour en obtenir le retrait, leurs revendications ont été soutenues par une organisation bien connue, SOS racisme, une puissante équipe d'attaque à la notoriété affiliée au Parti Socialiste et implantée dans le 19e arrondissement qui couvre les hauteurs de Paris.

Cependant SOS racisme n’a pas eu l’influence suffisante pour contrer le Front National pendant l’élection présidentielle, et il n’y a aucun sérieux à affirmer que le concert organisé sur la Place de la République a été suffisant pour orienter le choix des électeurs en faveur d’Emmanuel Macron.

 

L’association antiraciste historique cherche de nouveaux soutiens auprès des communautés asiatiques, et les asiatiques cherchent leur légitimité dans un contexte particulier de l’histoire politique française : une fracture entre l’antiracisme dit moral et l’antiracisme dit politique. Le premier est compris comme une stratégie d’attaque à la notoriété (name and shame) qui permettait de décrédibiliser les politiciens qui feraient des remarques insultantes envers les minorités. Son principal défaut étant de n’être efficace qu’avec des personnes identifiées par l’opinion publique en révélant une part cachée de leur personnalité. Les partis de sensibilité communiste utilisent le terme prolétaire dans une démarche qui semble inopérante pour expliquer la division des deux courants antiracistes dans le contexte post-terroriste. De plus, la stratégie d’influence politique semblait trop éloignée de la réalité aux militants de terrain qui observent la paupérisation et la violence dans les quartiers populaires. L’antiracisme politique a gagné en force avec la naissance du Parti des Indigènes de la République, représenté par son porte-parole Houria Bouteldja, qui est devenue l’une des figures politiques les plus diabolisées du paysage français. Danièle Obono, d’origine Gabonaise et figure des plus importantes au sein de la France Insoumise avait une fois présenté la porte-parole des Indigènes de la République comme une "camarade" dans la lutte pour l’égalité. Dominique Sopo, président de SOS racisme avait lancé une contre-attaque sans détour, présentant les antiracistes radicaux comme des névrosés. Une telle fracture entre un antiracisme acceptable et un antiracisme intolérable pourraient aussi diviser les communautés asiatiques pour qui l’idée d’une asianitude (par analogie avec l'idée de négritude) semble encore lointaine. Nous devons nous demander si les revendications des communautés asiatiques sont modérées ou radicales, et si l’idée de déléguer leur parole à une association qui ne représenteraient pas leurs communautés leur semble une voie acceptable.

 

Le cas de la chanson des litchis pose un intérêt particulier dans la mesure où l’éducation peut-être comprise comme un champ d’expression en dehors du politique, et que les stéréotypes véhiculés dans ce contexte pourraient profiter d’un environnement de construction se réclamant d’une certaine objectivité. Voici une copie de la chanson :

 

« Chang est assis

Il mange du riz

Ses yeux sont petits

Riquiquis

Chang me sourit

Quand il me dit

« Tu veux goûter mes litchis ? »

T’es dans ton bateau qui tangue,

T’as mal dans tes tongs

Tu vois des orangs-outangs

Ta tête fait ping-pong

Ping ! »

 

 

Le signalement à l’enseignante et à l’école ont été fait grâce aux technologies informatiques, et une vidéo réalisée par la chaîne AJ+ a été diffusée sur les réseaux, mais la démarche aurait été menée par SOS racisme. L’intervention du Ministère de l'Education pourrait donner un symbole fort, mais signifierait aussi une dépossession des moyens d’action des antiracistes asiatiques qui tissent leur partenariat avec SOS racisme. La chanson a été rédigée il y a plus de dix ans, et sa présence sur internet montre que sa diffusion sur les réseaux est effective. La chanson va sans doute être retirée du manuel en question, mais rester sur certains sites web avant leur effacement. Il y a aucune garantie que les insultes remplaçant le « chang » habituel n’apparaissent pas dans le futur, et le seul mot « chinois » a une connotation péjorative dans la langue française, qui semble difficile à faire oublier compte tenu de l’emploi inévitable du mot pour parler des personnes d’apparence identifiée comme asiatique.

 

Les stratégies des associations antiracistes sont claires et prudentes : gagner en visibilité et en légitimité en effaçant les contenus insultants, et se rapprocher des mouvements établis pour donner une image modérée. Cependant, il n’y a pas de volonté affichée de s’affilier au parti socialiste, et il n’y a pas non plus de réponse à la question de savoir si l’antiracisme doit être envisagé comme un problème politique.

 

Ce cas précis concernait donc un antiracisme de lobby, dans un contexte particulier de fermeture des comptes twitter des groupes d’extrême-droite et de la montée des craintes de censure sur les réseaux sociaux. La mobilisation autour de la chanson a été perçue comme légitime parce qu’elle concernait une comptine pour enfants, mais la volonté d’un mouvement politique et des signalements contre des politiciens pour des contenus à valeur équivalente sont absents pour le moment. Ceci nous montre l’un des points faibles du mythe de la minorité modèle. Celui-ci consiste en la reconnaissance de deux privilèges : celui d’une irresponsabilité ou d’un détachement politique appuyé par une certaine idée de la richesse, ce qu’à pu expliciter Naomi Klein lors de son interview par Mediapart ; Le deuxième privilège étant celui d’un antiracisme naturel, d’indignation et de signalement, en opposition avec un antiracisme proactif réclamant réparation des victimes. Ce dernier, considéré comme agressif, est perçu comme illégitime dans le contexte des attentats terroristes. Si les asiatiques qui jouissent d’une image méliorative et d’une certaine aisance économique adoptent une stratégie de lobby qui a de fortes chances de paraître élitiste, elle risque de diviser ses groupes entre ceux qui se perçoivent comme populaires et ceux qui se considèrent comme notables.

 

Voici quelques liens qui attestent de la persistance des contenus sur internet :
https://www.youtube.com/watch?v=eAVpfWoNv2A
https://www.youtube.com/watch?v=aNJiaz23RG0


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Publié le mercredi 4 avril 2018

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